Grand Raid des Cathares II

8 novembre, 2015

Suite et fin du CR…

7h de course c’est parti pour la nuit, après 50km les écarts ont commencé à bien se creuser et on court quasiment tout le temps sans croiser personne, mais nous on est ensemble, volontairement, car si c’est assez difficile dans un sens (au delà du simple écart de niveau, qui ne s’exprimera éventuellement que sur la fin de course) on doit tenter au maximum de faire les petits stops ensemble (pipi, bouffe ect), pour ne pas y laisser trop de temps, c’est aussi un avantage décisif en cas de coup de moins bien, pour passer le temps en parlant, ne pas se perdre, plusieurs raisons qui nous poussent à rester tous les deux pour passer la nuit.

CP4 – Château d’Arques aller > CP5 – Fourtou :
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Nous traversons d’abord le village désert d’Arques, la portion de 10km/500+ qui mène à Fourtou se passe sans encombres ou presque en environ 1h30.
Seul bémol quelques premières pressions mécaniques : je commence à sentir ma bandelette ilio-tibiale qui fait des siennes et Julien paie une nouvelle fois le fait de courir avec des chaussures surcompensées dont nous tairons le nom par respect pour toutes ces chevilles-baudruches à travers le monde! 😀
Manquerait plus que je me tape le fameux syndrome de l’essuie glace, je connais cette douleur comme si on te pelait le tendon situé sur le côté extérieur du genou et c’est bien trop tôt dans la course pour endurer ça et espérer finir…
Pour l’instant plus de peur que de mal, le genou et la cheville sont supportables et on profite de la nuit et de sentiers agréables, avec les chouettes qui discutent dans les arbres autour de nous.

Le passage à Fourtou est un peu spécial pour moi, j’ai passé des vacances avec ma famille dans ce village quand j’avais une quinzaine d’années, je ne sais pas pourquoi précisément mes parents avaient loué un gite dans cet endroit plutôt isolé, surement pour le calme, mais j’en garde un bon souvenir, notamment celui d’être monté à la vigie sur les hauteurs, où un ou une solitaire passe la journée à surveiller les forêts avec une superbe vue sur les Hautes Corbières!

Je raconte tout ça aux bénévoles très accueillants et dis à Arthur et Cédric que le genou m’emmerde, Arthur a sa genouillère dans la voiture, ça me rassure un peu au cas où ça empire…

Une fois les 3 flasques de 500ml pleines nous repartons « into the night »!

CP5 – Fourtou > CP6 – Château de Peyrepertuse :
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La prochaine portion va être top, sauf sur la fin!
Nous devons rejoindre le Château de Peyrepertuse après 21km et 750+ sur le papier, on avance à notre rythme de croisière, environ 7minutes au kilomètre à ce moment là, toujours en alternant marche rapide, dès que ça grimpe au dessus d’un simple faux plat montant, et course sur le reste, naviguant vers les 800m d’altitude, puis après un peu plus de 10km on « plonge » vers le village de Rouffiac des Corbières sur 500-.
Le truc c’est qu’avant même d’y être on a déjà couru un bon semi sur la portion, la nuit est noire et on a beau chercher des yeux le Château sur les hauteurs on ne voit rien!
Finalement on attaque un mur de presque 400+, avec un tracé simple et efficace, droit dans le pentu!

Julien est mieux que moi et économise clairement ses forces sur ce méchant coup de cul, on croise un concurrent qui est à l’arrêt avec son pote le suivant dans la nuit, estomac récalcitrant apparemment, vu que le sang est principalement en train de pomper dans les quad forcément ça pique…
Arrivé en haut ce n’est pas encore fini on contourne le rocher un moment avant d’arriver finalement au point de contrôle n°6 (CP6) et d’enfin s’asseoir un coup!
Arthur et Cédric ne sont pas là, je cherche des yeux la voiture mais ne la voit pas, en attendant on boit de la bonne souplette, puis ils débarquent avec les yeux à peine ouverts, ils ont tenté de dormir un peu mais ça n’a pas été très concluant!
En fait ils suivaient les arrivées au ravito sur le téléphone via le suivi et on est passé de la 33ème place à la 25ème donc il ne nous attendait pas si tôt! 😎
Assis je sens que ça caille bien mais je n’ai pas le courage de me lever pour aller à l’intérieur comme nous y invite les super bénévoles, petite erreur qui ne coûte pas mais à éviter car en repartant je commence à trembler sérieusement et il est grand temps de se remettre en marche…

Arthur dort littéralement débout! 😀

Point positif le gène au genou ne s’est pas accentué mais je le sens dans les descentes donc il va falloir être patient et serrer les dents avant de pouvoir changer de chaussures dans plusieurs heures.
Ça doit venir de là, pourtant en portant les deux paires indépendamment je n’ai jamais eu de problème, que ce soit les Lone Peak avec lesquelles j’ai parcouru des centaines de kilomètres de sentiers ou les plus récentes Slab Wings qui ont fait le Tour du Mont Blanc.
Je pense que c’est le changement qui est la cause du problème, soit la différence de drop en passant de 8 à 0mm, soit, et je pense plutôt à ça, la différence de chaussant, il suffit parfois de pas grand chose, une pronation plus marquée, et la machine se dérègle…

J’ai quelques problèmes pour allumer la seconde frontale que ma chérie m’a prêté, il faut faire deux appuis longs pour passer en mode éclairage, le temps que le cerveau y pense je commence à croire que les piles ont pris froid!

3h50 d’effort sur cette portion au final, pause au ravito compris il me semble, c’est tellement long quand on est hors du contexte de la course, mais finalement pas si mauvais puisqu’on a gagné 8 places au classement.

CP6 – Château de Peyrepertuse > CP7 – Cubières sur Cinoble :
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Petite portion descendante jusqu’à Cubières sur Cinoble, 11km/300+ et 550-, toujours pareil, ce n’est jamais très violent mais c’est toujours des montées ou faux plats montants suivi de descentes plus ou moins longues, en général il s’agit de passer des collines-plateau puis de redescendre sur le village/ravito.
Je suis en « cruise control » un peu devant Julien quand je tombe sur un troupeau de sanglier bien bruyants en contrebas, juste le temps d’apercevoir les marcassins qu’ils ont filé mais on les entend encore quelques secondes et je me retourne 2/3 fois pour vérifier qu’on ne se fait pas courser, non ce n’est pas le début de la parano nocturne mais on ne sait jamais!

1h40 et encore 6 places de gagnées nous voilà arrivés dans un ravito très festif et très important d’un point de vue course.
Il est 5h du mat’ et malgré les 5km de rab à la louche on a seulement 15min de retard sur le plan, on est 19ème et on remonte de façon croissante, pourtant une question cruciale se pose : faut-il dormir un peu maintenant?

Enfin se pose pour moi, Julien est bien et danse la lambada tandis que j’essaie d’ingurgiter des calories salvatrices, mais clairement c’est le moment le plus difficile de la course, pas de réel problème mais je suis fatigué après ces 14 premières heures de course et je sais que la portion à venir sera la plus dure et la plus longue sans ravitaillement.
J’ai du mal à m’alimenter depuis un moment, à Peyrepertuse j’avais bu autant de soupe que possible comme le sucré ne passait plus, mais entre temps difficile de faire le plein, même la viande séchée à du mal à passer et ce n’est pas ce qui apporte le plus d’énergie « instantanée ».
Si je ne ferme pas les yeux maintenant la prochaine possibilité ne sera qu’à Arques au 120ème car il n’y a pas de quoi s’allonger au prochain ravito à Sougraine (enfin c’est ce qui est indiqué sur le roadbook, mais en fait si, parce que chaque village avait tout prévu pour notre plus grand confort!), ce qui veut dire dans environ 7h et ça parait très très loin…

Au final ce qui me décidera c’est Julien qui insiste bien pour que je me bouge, il faut qu’on fasse la prochaine portion à deux c’est évident et je le sais, sans parler du bruit dans le ravito qui m’aurait de toute façon empêché de vraiment me reposer.

Seul je serais peut-être resté, ça aurait probablement été bénéfique mais peut-être que j’aurais eu un mal fou à repartir, et j’aurais perdu un temps précieux, car même si le but initial est de finir, je commence à prendre conscience que nous ne sommes pas si mal classés et on n’est pas là non plus pour acheter un bout de terrain!
Bref un mélange de compétitivité et d’incertitude me pousse à me remettre sur mes deux jambes après avoir tapé dans à peu près tous les plats que j’avais à porté de main, on se fait donc rebipper après ces 20min de pause et c’est reparti!
A ce moment là j’ai un sentiment génial de surpassement que je n’ai pas oublié, presque des frissons, enfin c’est surement le froid mais ça me donne un coup de boost bien nécessaire pour repartir!

CP7 – Cubières sur Cinoble > CP8 – Sougraine :
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Le Pech de Bugarach. Vous en avez surement entendu parlé vers la fin 2012 quand quelques centaines d’allumés s’y sont regroupés en espérant éviter la fin du monde en étant emportés par une soucoupe volante qui était censée être cachée dans la montagne à cause du faible électromagnétisme dans cette zone perdue.
Bon elle n’a finalement pas surgit des entrailles rocheuses du Pic, le monde n’a pas connu de fin et le point culminant des Corbières (1230m) a retrouvé son calme, enfin calme, vu ce qu’on y vécu c’est peut-être pas le mot!

La portion est annoncée pour 20,5km/1370+, on en fera plutôt 24/1500 en un peu plus de 5h. 😐
La première partie de l’ascension, avant une courte descente, se fait bien, mais on avance désormais dans un brouillard assez épais et je comprends assez vite qu’on ne va pas avoir un beau lever de soleil là haut mais plutôt que ça va être la guerre!
Arrivé au pied du Pic ça devient très compliqué : il fait froid et les 500+ menant au sommet sont très techniques et raides (30/40% de pente), on met les mains régulièrement et il faut lever la tête pour trouver les balises.
Le jour se lève timidement à travers les épais nuages et on éteint nos frontales au milieu de l’ascension, puis la végétation disparait et les conditions deviennent réellement dantesques, on est balayés par des rafales de vent monstrueuses que l’on voit littéralement défiler sous nos yeux, matérialisées par les nuages et la brume! 😬

Je tiens tant bien que mal ma capuche sur ma tête, autant dire qu’on est frigorifié, l’écart entre la température réelle et ressentie doit être plus qu’élevé, je me retourne régulièrement pour voir comment est Julien, et on avance aussi vite qu’on peut!
Presque au sommet on se trompe de sentier en suivant une balise qui s’est envolée et s’est calée au mauvais endroit, et quelques dizaines de mètres plus loin on tombe sur deux coureurs qui nous disent qu’ils se sont perdus.
J’avance un peu et effectivement il n’y a plus de balisage, on redescend un peu le versant, le vent souffle moins fort, j’en profite pour sortir le smartphone et regarder sur iphigénie : on n’est plus sur la trace mais elle semble toute proche, à 40m à vol d’oiseau à tout casser.
Du coup on tente de s’en rapprocher en tirant tout droit dans la pente herbeuse et humide mais je n’aime pas ce que je vois et après une nouvelle vérification ça ne va pas, il faut faire demi-tour et remonter car la trace passe plus haut.
Finalement on retombe sur les rubalises, mais on est de retour en plein vent alors on ne traine pas et quelques centaines de mètre plus loin on attaque enfin la descente et petit à petit ça souffle moins fort.
Cette descente est à l’image de la montée, très technique, on glisse sur les cailloux, on ne peut pas courir, mais c’est un soulagement d’avoir passé la difficulté et on se laisse porter tant bien que mal par le chemin et on met de la distance aux deux coureurs que l’on a rejoint en haut.

Petit bémol j’ai à nouveau mal au genou, le tendon frotte, il est temps de faire quelque chose, vivement la base de vie…
J’oublie la douleur quelques instants quand d’un coup on est très surpris d’entendre un, puis plusieurs coups de feu très proches de nous, manquerait plus qu’on se fasse plomber après tout ça!
Je crie à plein poumons « ça vous fait bander?!! » pour nous signaler (oui j’aime pas trop la chasse…) et on décampe vite fait…

Au 2/3 de la descente je commence à couler une bielle, et je sais pourquoi, je n’ai rien mangé depuis un bon moment, vu les conditions ça n’était pas la priorité, sur cette portion ça n’aurait pas été du luxe d’avoir de la boisson énergétique, de toute la course je n’aurais mis qu’une demi pastille au 2ème ravito, autant je pense qu’on peut bien s’en passer sur pas mal de sections autant là ça aurait fait son effet.
C’est clairement un point d’amélioration, surtout que j’avais fais des petits sachet avec les pastilles coupées en deux et je n’avais qu’à demander aux potes de les mettre quand on les voyait aux ravito.
Résultat je commence à avoir des nausées et je suis bien sec, ça fait bien 3h qu’on avance sans discontinuer, il faut que je m’arrête 2min pour refaire le plein et calmer le jeu.
Je le dis à Julien et il continue en marchant en pensant que je vais recoller mais on ne se reverra qu’à Arques au 120ème. 😢

En réalité je ne m’arrête pas bien longtemps, je marche en mangeant une barre, mais perdu dans mes pensées je loupe le sentier qui part à gauche et me tape un bon 400m A/R avant de reprendre le bon chemin en voyant passer un des deux coureurs qu’on avait laissé dans la descente.
Le sentier qui mène au village de Bugarach est en faux plat descendant mais je n’ai pas le jus pour relancer et courir alors je marche le plus vite possible, toujours un peu ailleurs, je loupe à nouveau un virage à l’équerre juste avant d’arriver dans le village, je ne m’en rend pas compte tout de suite et m’assoie sur un muret, l’endroit est tellement calme malgré qu’il soit bien 8h passé, pas un chat!
Enfin si, le coureur devant moi s’est gouré aussi et je le vois revenir en arrière et suivre une autre rue, je check la trace et comprend notre erreur, du coup ça me fait repartir, je crie un bon coup dans sa direction et le temps qu’il me rejoigne on est reparti sur le bon chemin.

On attaque direct une belle côtelette de 200m de dénivelé dans la forêt, mes sensations sont partagées, ça va mieux car ce que j’ai mangé fait effet mais je comprends que je suis vraiment HS à cause du manque de sommeil, et cette petite ascension sera très étrange car j’ai eu l’impression de dormir tout du long , la sensation de ne pas être là, épuisé mais pas dans le dur, comme si je flottais, pourtant j’avance et laisse même le gars derrière moi, puis quand ça recommence à descendre, sur un sentier enfin praticable contrairement aux dernières heures, je vis une sorte de réveil et relance enfin!

J’arrive assez rapidement à Sougraine, dans une sorte d’euphorie, et j’aperçois Arthur et Cédric au loin, je leur fais signe en hurlant comme une fan de Justin Bieber et relance de plus belle, c’est la folie je suis en train d’avoir un nouveau souffle c’est énorme comme sensation!

J’arrive au ravito un bon quart d’heure après mon barbu, un mec s’est intercalé entre nous mais je suis toujours 19ème, malgré tout je suis encore dans le coup même si on a mis un temps fou sur cette portion.

Au ravito, dans une grande salle, il y a un ou deux gars mal en point apparemment, ainsi que la première féminine qui s’est perdue dans le Pech de Bugarach mais plus longtemps que nous, vu le froid c’est pas top, il faut revoir le balisage pour l’année prochaine et si possible mettre un petit ravito/poste secours à Bugarach pour assurer le coup.
De mon côté je suis de mieux en mieux, avoir passé cette portion de la mort ça sent très bon même s’il reste 65 bornes, et voir les deux rigolos, manger, boire de la soupe et surtout boire une bonne tasse de café finit de me remettre en selle et je repars motivé à bloc!

CP8 – Sougraine > CP9 – Château d’Arques retour :
xxx

1h45 plus tard me voilà de retour à Arques, la portion de 12km 500+/500- est passée comme dans un rêve après 110km de course et l’état où j’étais il y a 2/3h!
Cerise sur le gâteau j’ai doublé 4 concurrents et pointe désormais à la 15ème place, difficile de faire mieux pour le moral.

Je retrouve Julien qui est là depuis 20minutes, il est 14ème juste devant moi et ça a l’air d’aller, enfin sauf sa nouvelle tenue, là c’est pas possible! 😀

Arthur et Cédric sont toujours au top et m’aident à faire ce qu’il faut, à savoir me changer, short/teeshirt/chaussettes, mettre un coup de charge à la montre, changer de chaussures…
Arthur me fait chauffer mon plat Team Energie au micro onde, un super truc que j’avais eu sur une course, des plats tout prêt pour le sport, ici lentilles/boulgour, malheureusement j’ai découvert que la boite qui faisait ça a mis la clef sous la porte.
Pour la petite histoire, quelques jours avant la course, j’avais demandé à Magali Michel, la sympathique directrice de course, s’il y aurait de quoi réchauffer des plats à la base de vie, ça n’était pas prévu et pourtant elle est revenue vers moi pour m’annoncer qu’ils avaient fait en sorte de trouver un micro onde pour le jour J, si ça c’est pas de l’orga au top je ne sais pas ce que c’est!
Julien repart 15min avant moi, je prends mon temps, c’est le dernier stop appuyé, mais finalement je resterai moins de temps qu’à l’aller.

La suite nous mène jusqu’à la commune de Villardebelle, 14km/650+ pour atteindre ce coin peuplé de 59 habitants pour avoir un ordre d’idée de la taille des endroits traversés!

CP9 – Château d’Arques retour > CP10 Villardebelle :
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En sortant d’Arques on remonte sur les « hauteurs » et c’est le retour des sentiers plus roulants, des longs faux plat montants qui nous crient de courir alors qu’on a plus trop envie, et aussi de superbes vues!
Je passe un peu de temps à dire bonjour aux locaux :

J’ai la surprise de tomber sur notre binôme de choc en passant dans le patelin de Valmigère, toujours aussi motivant de les voir!

Bon par contre je commence à avoir des moments où je ne suis plus du tout sur terre et j’arrive à louper 3 fois les bon sentiers sur cette portion, niveau course c’est pas joli, je perds 2 places et pointe après 2h30 à la 17ème position tandis que Julien m’a repris 20min tout en gardant sa position.

CP10 Villardebelle > CP11 – Greffeil :
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1h30 et 10km/150+ plus tard j’atteins le CP11 à Greffeil, j’ai repris du poil de la bête sur cette portion roulante et pointe 15ème. Cédric m’a rejoint quelques encablures avant le ravito :

Admirez ce faux plat montant ignoble!

Je prend le temps de m’alimenter au mieux et surtout de m’enfiler un café, à chaque fois c’est magique, en sortie de ravito ça repart quand même au taquet comme on dit chez nous!

Il reste environ 35km et c’est la dernière portion la plus longue, 15km/500+, c’est maintenant qu’il faut montrer qui c’est le patron au cerveau pour bien finir, et ça tombe bien toute cette caféine qui pulse dans mes veines me fait courir et marcher vite comme un enragé!

CP11 – Greffeil > CP12 – Villefloure :
kkk

En sortant de Greffeil ça grimpe pas mal puis on attaque une longue descente d’environ 7km, puis après un nouveau coup de cul une autre, les cannes morflent à fond mais je n’ai plus mal au genou depuis que j’ai rechangé de chaussures à Arques, je me refuse à marcher, il faut souffrir maintenant pour n’avoir aucun regrets!

Et pourtant je prend un coup au moral quand j’entend des pas derrière moi, je me retourne : trois mecs fondent littéralement sur moi!
Rapidement le 1er me dépose puis 2 autres gars qui courent ensemble, mais non!
Je ne comprend pas, j’essaie de m’accrocher mais on est en descente et ils courent à facile 14km/h, autant dire 1000km/h pour moi!
Un des gars à le dossard dans le dos, de ce que je vois ils sont bien dans la course, mais c’est pas possible, d’où ils sortent et comment ça se fait qu’ils courent aussi vite!
Ca me fout les boules mais grave, surtout que je sais que j’ai encore remonté des places, ou comment anéantir mes efforts!
A ce moment là on est plus dans le plaisir de randonner, j’ai la rage et je relance comme une brute (à 9km/h 😆).

Un peu plus loin j’ai l’excellente surprise de retrouver Arthur! Il a fait la portion avec Julien et est revenu me chercher sur 3km.

L’arrivée du fonctionnaire de l’effort à Villefloure!

Du coup il a le droit de m’écouter râler sur les 3 mecs, et il m’apprend tranquille que ce sont les premiers du format 100km et que je n’ai pas besoin de m’exciter comme un idiot!
Je sais qu’il a raison mais l’info met du temps à parvenir au cerveau!

On finit cette portion en trottinant et j’arrive à 19h10 à Villeflour, juste avant la nuit, après 2h15 encore bien marquants!
Entre ceux qui ont abandonné et ceux que j’ai repris je pointe désormais à la 12ème place!
J’ai du mal à croire qu’il n’y a que 11 concurrents seulement devant moi (dont un médecin barbu très louche 😋), je sais bien que la course n’est pas si relevée pour cette 1ère édition, mais même, c’est juste énorme et je repense à toutes ces heures d’entrainement et me dis que le travail paie d’une certaine manière, rien que pour le chrono, j’ai une heure de retard sur le plan 30h qui était ambitieux selon pas mal de monde mais avec tous les kilomètres que j’ai déjà fait en plus je suis largement dans les cordes, la satisfaction est surtout là.

J’essaie de ne pas trop rester au ravito car le prochain est dans 7km/250+, mais désormais je sais que sauf grosse blessure c’est gagné et j’ai envie de savourer chaque instant, discuter avec les bénévoles…
Arthur reprend la voiture pour filer à Carcassonne, pendant ce temps là Cédric et Julien sont une heure devant en train de filer vers l’arrivée!

De mon côté je repars bien motivé pour rejoindre le dernier point de contrôle à Montjaus-Palaja, il reste 16km et même si je ne le sais pas sur le coup les 4 mecs devant ont entre 15 et 30min d’avance, Arthur me signale d’ailleurs qu’il y a un truc à faire mais à cette heure là j’ai bien du mal à faire des comptes donc je me contente d’avancer au plus vite, de toute façon maintenant c’est accessoire tellement je suis bien où je suis…

CP12 – Villefloure > CP13 – Montjausse-Palaja > Arrivée Cité de Carcassonne :
fff

Quelques centaines de mètres après être sorti du ravito je ressens une vive douleur devant la cheville, pourtant à moins que je ne m’en sois pas rendu compte sous l’euphorie je ne prend pas de pierre ni me tord le pied…
Pourtant c’est bien une tendinite voir une déchirure qui me prend à l’insertion du muscle tibial antérieur, et dès que je tire dessus, soit principalement en descente ça me fait un mal de chien!

Je serre les dents et fais abstraction de ça au maximum pour profiter le plus possible de cette fin de course magique!
Les deux bosses avant le dernier ravito sont interminables, le dénivelé est faible mais avec la distance les faux plats montants n’en terminent pas, et je trouve le balisage très espacé sur la portion avant le ravito, on est sur un sentier qui ne laisse pas trop de doute mais dans la nuit noire il faut un certain temps à chaque fois pour voir la prochaine rubalise s’illuminer face à la frontale et je stop 2/3 fois en plein doute, il est temps que ça se finisse!

Dernier ravito, toujours 12ème mais, je ne le sais toujours pas, les écarts se sont réduits, les 4 devants sont à moins de 10min, il reste 10km et 100 mètres de dénivelé.
Je mange un dernier truc et surtout je demande du café! On me dit qu’il est froid, je répond ok un verre plein ça sera plus facile à descendre!
Et à peine bu, je repars à la vitesse de la lumière (en boitant à 10km/h 😂), c’est parti pour le final!

Cette dernière portion est très roulane (ndlr : roulante, facilement courable) et je suis très motivé pour tout donner, en tout cas ce que je peux après 175km et plus de 7500m de dénivelé avec une cheville en vrac (mais sous forte influence caféinée 😅) et ça paie enfin quand je distingue trois coureurs environ 300m devant moi, j’accélère franchement l’allure, les rattrape et les passe aussi vite que je peux, je dois courir à environ 12km/h sur quelques centaines de mètres mais tous les signaux sont au rouge, ma cheville me fait vraiment mal et je sais que je n’arrange pas mon cas, mais j’avais dis que seule une blessure grave m’arrêterait sur cette course, je prendrais le temps de récupérer quand ça sera fini!
En fait c’est surtout le coeur qui semble comme bridé, ce qui m’oblige une fois un ou deux virages passés (😏) à ralentir pour souffler un peu, mais l’écart est fait et je finirai même 15 minutes devant eux, leur reprenant donc 25 minutes sur les 10 derniers kilomètres. 😎

Le tracé avant d’arriver à la Cité est interminable, j’ai l’impression de faire des tours de champs et de tout prendre sauf le chemin le plus direct, mais une fois passé sur le pont au dessus de l’autoroute je retrouve Arthur et Cédric, revenu 3km en arrière pour m’accompagner sur le final!
C’est énorme et on admire désormais enfin la Cité et ses remparts de nuit, malgré la fatigue ce sont des moments qui resteront gravés à jamais, premier 100miles (enfin 115 du coup 😅), mes amis et un chrono pour lequel j’aurais signé les yeux fermés, trop bon…

Cédric me laisse avec Arthur et part devant pour récupérer le drapeau, on a commencé avec, on va finir avec, comme promis à Galaad, je suis très fier d’avoir tenu le coup pour lui et tous ceux qui ont cru en moi et m’ont encouragé en général!

Enfin les remparts! Heureusement qu’Arthur est là pour me dire où aller car certaines rubalises sont planquées entre des voitures, encore un détour pour faire le tour de la Cité, bizarrement ça ne me dérange pas, je savoure ces instants, puis c’est la ligne d’arrivée, qui me semblait tellement loin et inaccessible il y a 30h, Cédric est là avec le drapeau, on parcourt les derniers mètres ensemble et je tombe dans les bras de Julien qui m’attend là depuis une heure sous une couverture, enfin après avoir stoppé ma montre faut pas déconner! 😃

Pas trop de mots pour décrire ces moments, c’est l’aboutissement de plusieurs années d’entrainement et de travail, enfin travail ce n’est pas le mot, simplement du plaisir à courir sur toutes sortes de surfaces, de longueurs et dans un paquet d’endroits, avec parfois des séances difficiles mais rarement forcées, et petit à petit l’expérience qui se construit, car ce qui fait la différence sur une épreuve d’endurance extrême de ce type ce n’est pas que la vitesse à laquelle on court ou celle que l’on est capable de tenir mais la façon dont on court, la gestion de l’effort, de l’alimentation, du mental, de la solitude, des défaillances, tout ça n’est pas acquis et la première fois qu’on est vidé au 2/3 d’une course on panique presque tellement c’est dur mais petit à petit on ne subit plus on réagit, et c’est quelque chose qui sert dans la vie quotidienne par la suite, la course à pied longue distance comme d’autres types d’épreuves apporte une sorte de sérénité qui ne s’achète pas, il faut le vivre pour le comprendre.

30h47, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour parcourir ces 188km et 7850mètres de dénivelés positifs et négatifs, 8ème position, 4ème senior, impensable…😳
Je reste très loin du premier, la course n’était pas relevée, mais il y avait de bon coureurs, un certain nombre à abandonné, j’ai mieux géré, et les autres, ben ils n’étaient pas là alors que nous oui!

De nombreux coureurs ont les capacités de passer sous les 30h ainsi que de faire mieux que le vainqueur du jour, je ne m’entraine pas assez et surtout comme il faut pour les suivre, je ne sais pas si j’en ai le potentiel mais surtout ça impliquerait de m’imposer un régime d’entrainement bien différent, plus ciblé, comme je l’ai dit pour l’instant le mien c’est principalement me balader, je réussis à arriver prêt pour réaliser ce que j’ai fait en m’organisant sur quelques mois au global (montée en volume, TMB, repos…), le haut niveau c’est ça mais c’est surtout des plannings hebdomadaires précis, des séances mesurées, des suivis coach/kiné, ce genre de truc que je n’ai pas et dont je n’ai pas réellement envie même si forcément et on y revient encore, on en veut toujours plus et la principale question après course c’est : comment je fais mieux?

Retour sur la ligne, j’ai l’impression d’être pas mal « sollicité », on me retire ma puce, me passe la médaille autour du cou, me pose des questions, je suis ailleurs, sur mon nuage mais surtout complètement foutu! 😵
Je m’assois un moment, on m’offre à boire puis on fait les photos, Julien a de la chance ses parents n’habitent pas loin et sont venus, je pense aux miens et à ma chérie, heureusement que mes amis en or sont là sinon ça serait presque dur malgré cette course incroyable…

On rentre en clopinant à l’Abbaye, heureusement ce n’est pas loin, je me sens tellement vidé, le contrecoup de l’arrêt arrive, dans la chambre je suis pris de violents tremblements, je me traine sous la douche et y reste un bon moment, mais même l’eau chaude n’y fait rien, c’est limite l’état de choc… 😰💤
Je rampe jusqu’à mon lit, avale une barre de récup et me terre sous ma couette, je finirai par m’endormir mais la nuit sera moyenne, au milieu j’ai notamment mis 10min pour aller vidanger, le temps de réussir à virer les sacs qu’Arthur avait calé contre la porte qui ne cessait de faire du bruit en bougeant, sans parler du temps à traverser le long couloir comme un zombie! 👻

Le samedi on se lève pour assister au départ de la course enfant, 40km/1200+, sur le début et la fin du 100miles, Arthur et Cédric sont en lice, en très grande forme après l’assistance non stop qu’ils nous ont procuré ces deux derniers jours! Du coup ils décident de partir avec les serre files 😀

En les attendant on redescend à la Salle du Dôme avec Julien, pour discuter avec qui le voudra bien et se faire masser, ma blessure est donc bien soit une tendinite soit c’est un peu déchiré, mais sinon les jambes vont plutôt bien, pas plus mal qu’après l’Endurance Trail l’année dernière en tout cas.

Après un resto dans la Cité nous retrouvons nos deux coéquipiers qui ont couru ensemble tout du long, 5h tout pile, pas de record mais l’essentiel est ailleurs!

Aprem récup puis à 18h c’est la remise des prix, Julien devait être récompensé en tant que 3ème senior mais, cerise sur le gâteau, ce sont les 10 premiers scratch qui sont appelés et on monte ensemble sur la boite!

46h38 après le départ, Sylvie Janssens est la 80ème et dernière concurrente à avoir passé la ligne, sur les 130 partants!

Forcément, 300 personnes ou pas on se doit de faire nos singeries, parce que la règle numéro 1 dans notre petit groupe les Annecimes Skyrunners c’est de ne pas se prendre au sérieux! (Vous noterez d’ailleurs que à Carcassonne on ne pratique pas vraiment le Skyrunning 😋).

S’ensuit un splendide banquet, cassoulet et animation par une troupe d’acteurs médiévaux, grosse ambiance comme vous pouvez le constater sur ces courtes images où l’on voit la première féminine à fond!

Retour vers nos montagnes le dimanche, on en profitera pour s’arrêter voir l’ami Romain à Avignon et braquer un Courte Paille!

3 semaines plus tard je n’ai pas encore totalement récupéré mais l’envie de courir revient, par contre si ma cheville gauche ne présente plus qu’un épaississement de la gaine du tendon sur 2/3cm selon l’échographie (impliquant une reprise très douce et un un peu de kiné) je suis plus embêté par mon pied droit, qui, plusieurs jours après la course s’est retrouvé comme anesthésié, pleins de « fourmis » localisées sous le pied, pourtant l’échographie ne montre aucunes lésions de l’aponévrose, cette sensation serait surement une paresthésie, 15jours que ça dure, ce n’est pas une douleur mais c’est vraiment désagréable comme sensation, l’osthéo à semble t-il débloqué un nerf ce vendredi 6, on va voir si ça s’améliore dans les prochains jours…

Quoiqu’il en soit la saison est terminée, pas sûr que je cours quelques cross avant le 31 décembre comme l’année dernière, le temps de guérir et de recommencer à courir progressivement, on est déjà tous un peu tournés vers 2016.
A priori la première grosse destination avec les copains sera les Mont du Lyonnais, pour les 100km et 4000+ des Coursières le samedi 7 Mai.
J’en reparlerai dans l’habituel billet bilan/objectif de fin d’année, mais je peux déjà dire que loin de ce qu’on peut entendre parfois, dès le lendemain de la course j’étais en train de réfléchir quel ultra XXL je pourrais courir l’année prochaine, et il est fort possible que ce soit un 100miles plus montagneux dans les Pyrénées à la même période…

Dans tous les cas je positive ce gène au pied car s’imposer quelques semaines de repos est presque une obligation si on veut durer, et cet objectif n’a pas changé, c’est au final le seul et l’unique, pouvoir courir comme je l’entend autant de temps que possible…

Merci de m’avoir lu si vous êtes arrivés jusque là, et encore merci à tous ceux qui m’ont encouragé et permis de réaliser ce rêve de près ou de loin, en particulier Julien, Cédric et Arthur pour d’évidentes raisons, Maud parce que à deux c’est tellement plus facile et tu es fantastique, je t’aime, et Clément et Robin pour toutes ces sorties partagées ensemble!

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