Grand Raid des Cathares I

8 novembre, 2015

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100 miles.

L’objectif de l’année, l’objectif ultime on peut même dire 5ans après avoir couru pour la première fois un soir de Juillet 2010 en me disant que ça serait bien pour préparer mon premier Tour du Mont Blanc, en rando, un trek sur 9jours après des mois difficiles dans ma vie perso qui aura une influence énorme pour la suite, jusqu’à mon déménagement sur Annecy en 2013.
C’est pour tout le monde pareil mais il faut quand même le répéter : si on m’avait dit à l’époque que je serais au départ d’une course de 100miles, d’une traite, sans dormir, j’aurais doucement rigolé, moi qui voyait les 9km du tour des étangs de Cergy Pontoise comme un truc très sérieux, ça fait slogan marketing mais ce qu’il faut en retenir au delà de tout le reste c’est vraiment que tout est possible et souvent on se fixe des limites alors qu’on ne devrait pas.
Après je dis objectif ultime c’est parce que je ne me vois pas faire de trucs plus longs en non stop, même si il ne faut jamais dire jamais, plus dur oui pourquoi pas, qui à dit Hardrock dans le fond? 😀

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On dit un peu que la mode est au toujours plus long d’ailleurs, c’est sûr qu’on voit des gens se lancer dans dans épreuves d’endurance extrême mal préparés, qui finissent comme des zombies et mettent plusieurs mois à s’en remettre, forcément à un moment le frisson des débuts disparait et la question n’est quasiment plus de savoir si on va réussir mais plutôt à quelle vitesse, certains s’en contentent et réussissent à accélérer encore et encore mais souvent c’est ce qui justifie ce besoin de « plus », d’aventure et d’inconnu…

Après de mon point de vue il y a la différence entre repousser ses limites et vouloir en faire toujours plus, quand on voit les deca ironman ou des projets sur des semaines, qui implique quasi forcément de courir sur des tendinites et autres pépins qui arrivent forcément, ça me semble surréaliste, où est le plaisir, combien d’hommes sur la planète ont le talent, la génétique, l’expérience et l’entrainement pour réussir à tirer quelque chose d’intéressant de ça, bien peu…
Quand on commence à découvrir le monde de la course à pied, puis du trail on sait rapidement que la première distance reine de l’endurance est le format marathon, qui est déjà un bel accomplissement qui demande un investissement certain pour être bouclé dans un temps honorable (je ne relance pas le débat de savoir à quelle limite horaire on peut être considéré comme marathonien 😄), puis on découvre qu’il existe des 100km, et des 100miles (environ 170km, on s’exprime en miles car les premières courses sur ce format on été courues aux États Unis, je pense à la Western States, épreuve équestre mythique où un jour un type dont le cheval ne fut pas prêt à partir a décidé de le faire par ses propres moyens, à pied!), puis on progresse en étant assidu et petit à petit on se projette sur du plus long, parce que ça fait rêver, et parce qu’on se dit que malgré ce qu’on pensait quelques années en arrière, c’est possible!

Sans titre

Après ma superbe expérience sur le format 100km à l’Endurance Trail l’année dernière j’avais donc envie de me lancer sur 100miles, mais pas particulièrement en montagne, où j’ai toujours du mal à enchainer plusieurs longues ascensions de plus de 1000/1500+, faute à un entrainement plus qualitatif sur ce point de toute évidence.
Les 5000+ aux Templiers étaient bien passés car les montées font dans les 500+, suffisamment courtes pour ne pas m’épuiser et j’arrive à relancer derrière tout en prenant du du plaisir, d’autres diront que c’est trop roulant donc difficile, qu’il faut beaucoup courir, ça me convient mieux, et je trouve ça moins dur au final.
Il y a moins de dénivelé donc tu vas plus vite c’est mathématique, de toute façon on marche, sur un 100 miles à notre niveau on parle de rando-course, une partie conséquente et la grande majorité des ascensions se font en marche nordique, depuis que j’ai déménagé à Annecy un des gros points où j’ai progressé c’est bien la marche avec bâtons!

Exemple : dans la zone rouge à la Verticale du Môle en Juin 2015 😀
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Quand en Décembre j’ai découvert la création de ce nouveau trail en pays Cathares j’ai tout de suite été intéressé, j’aime bien le coin et les châteaux médiévaux, le format annoncé semblait idéal pour se faire la main : 170km/6800+, départ à 15h (= pas deux nuits complètes dehors), en Octobre, le meilleur moment de l’année pour être en forme pour moi!
Bref à l’ouverture des inscriptions en Janvier j’ai envoyé avec envie les 126€ très raisonnables d’inscription tout en en parlant aux potes pour qu’on se fasse le déplacement à plusieurs!
Les dossards ont été attribués dans l’ordre des inscrits et je me suis retrouvé avec le numéro 5, Julien à suivi de près sur le même format 100miles avec le numéro 28 et Arthur qui est toujours partant pour tout s’est rapidement inscrit sur le 40km, Cédric nous rejoindra quelques semaines avant, ce qui formera une super team pour affronter ce monstre.

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Car au final on parle bien d’une sacrée bambée, il y a eu un flou juridique sur le profil exact jusqu’à ce qu’on passe la ligne d’arrivée, à un moment l’orga’ nous a dit qu’il manquait une autorisation pour traverser une base militaire pour maintenir le profil de 170km/6800+ prévu à la base, ils l’ont eu mais finalement le parcours retenu dans les dernières semaines était quand même annoncé à 173km/7800+!
Ils m’ont fait bien cogiter ces 1000m de déniv’ supplémentaire, ça changeait quand même légèrement la donne…

Au final je tue direct le suspense : je finirai la course avec 188km et 7850+, j’estime m’être perdu bien 4/5km, mais avec une bonne dizaine de km en rab c’était pas du dénivelé dont il fallait se méfier! 😅
Ça a râlé tout fort perdu dans la pampa au milieu de la nuit quand, par exemple, une portion a fait 25km au lieu de 21km pour atteindre le Château de Perpeythuse avec sa montée finale terrible, sur le coup c’est fracture du moral mais une fois la course terminée aucune rancoeur envers l’orga’ en toute honnêteté, déjà parce que les montres GPS qu’on utilise ne sont pas fiables à 100% et qu’on oublie pas que tout le reste fut incroyable!
Pour la prochaine édition je pense qu’il y a moyen de recadrer tout ça autour des 170km comme c’était prévu!

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La préparation s’est plutôt bien passée même si elle ne m’a pas laissé en toute confiance, j’ai attaqué du plus gros volume fin Juillet/début Août jusqu’à notre Tour du Mont Blanc sur 4jours du 10 au 13 septembre, point culminant de l’entrainement, et indispensable je pense, tant le fait d’avoir fait le GR54 l’année dernière avec à peu près autant de temps d’écart par rapport à l’Endurance Trail m’avait semblé bénéfique pour la course.

Mes séances sont quasiment toutes sur Strava, j’ai passé beaucoup d’heures sur les sentiers et pas mal d’autres encore sur le vélo, les sorties « clefs », dont plusieurs avec Cédric : plusieurs 25-30km/2500+ dans les Aravis et les Bauges, des 100km et du dénivelé à vélo, un A/R au sommet du Semnoz depuis la maison (40km/1500+), un 30km rythmé sur la piste cyclable après une grosse journée de taf, un Tour du Lac d’Annecy par les sommets (Semnoz/Forclaz par Montmin/Bluffy) 95km/2900+ à vélo, désormais un grand classique chez nous!
Ce mémorable 55km/3200+ à travers le Parmelan, Sous Dine et les Glières seul une belle journée d’été et même un marathon sur le bitume autour du Lac le matin (42,2km/350+ en 3h40) couplé à un tour en vélo dans l’autre sens le soir, le tout sur ce mois d’Août mais en respectant des temps de récup’ adéquats et entrecoupés de sorties cool seul ou avec ma chérie.

Dans les calanques en Juin…

Je pense avoir vraiment bien planifié et optimisé cette préparation, des sorties certes pas forcément très académiques mais où j’ai toujours pris du plaisir, le plus puissant motivant et si j’ai toujours hésité à prendre contact avec un coach c’est surtout parce que j’ai peur de perdre cette liberté totale dans ce que je fais, à mon niveau amateur et modeste même si j’y passe beaucoup de temps par période.
Mais je le considère de plus en plus, mettons sur 6 mois l’année prochaine pour préparer un nouveau défi et passer encore un cap, car au final c’est encore peu par rapport aux volumes pratiqués par le haut niveau, pas par manque de temps en toute honnêteté, je n’ai pas d’enfants et des horaires qui peuvent me permettre de le trouver, mais je me connais et si j’en fait trop je peux éclater comme un popcorn, je dois faire très attention niveau « nerveux », je n’ai pas non plus encore le recul physique pour enchainer des semaines à plus de 100/150km sur les sentiers hors WE « choc », ça n’a pas empêché quelques portions de 3/4 jours où j’étais vraiment hors service, mais contrairement à mes débuts je sais pourquoi, je ne cogite plus, je ne culpabilise pas de ne rien faire pendant 3/4jours etc, le repos fait parti de l’entrainement.

Ils ne s’entrainent pas eux, et pourtant…
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Par contre je suis persuadé que c’est nécessaire de faire du volume, de courir régulièrement et de varier les efforts.
Ça parait bête mais on ne peut pas se présenter au départ d’un ultratrail en courant 40km par semaine et espérer que tout roule.
Au mieux tu as les prédispositions physiques de mon pote Julien, qui, s’il s’entraine régulièrement, ne s’est pas mis de longues séances dans les dents (Un WE avec le Bélier 27km/1000+ et le relai 2 sur le marathon (21km/700+) le lendemain, l’Ultra du Vercors (84km/43000+) et le Tour du Mont Blanc stoppé au Tour (au début de la vallée de Chamonix) parce que la famille avant tout (mais fainéant quand même! 😛), le reste ce n’est que des sorties de 20/25km et des séances rapides sur piste, et pourtant il réussi moins de 30h sur ce GRC, son potentiel sur du long est grand avec un entrainement sérieux et en volume, j’espère que l’année prochaine on en verra un peu plus sur l’UTMB.

Et donc au pire au terme d’une préparation trop légère par rapport à l’objectif tu vis un calvaire assez rapidement ou tu abandonnes. Je comprends qu’on ne puisse pas passer 10, 15 ou 20h à s’entrainer chaque semaine, mais soit on le fait sur une période au moins (l’été est l’idéal pour ça, courir un ultra en septembre/octobre est parfait pour moi, je ne vois pas comment un jour aller tenter un HURT100 en Janvier à Hawaï ou même la Transgrancanaria en Mars, ça voudrait dire revoir tout l’hiver, courir beaucoup sur bitume et encore quand c’est possible ici à Annecy, faire du ski de fond/rando un max et en plus la plupart de ces courses se courent sous un climat chaud donc se préparer dans le froid ça colle pas vraiment…), soit on choisi des distances plus accessibles en terme de volume d’entrainement nécessaire.

De mon côté les objectifs étaient dans l’ordre et en toute objectivité :

– Finir avant tout, c’est toujours le cas sur un ultra >50km même si tu arrives en forme tu ne sais pas ce qu’il peut se passer, c’est ce qui rend le truc si intéressant, et pour une première sortie sur 100 miles c’était d’autant plus le cas.
– Prendre un maximum de plaisir, ne pas être dans le dur au point de regretter d’être là (enfin pas trop longtemps parce que ça risque d’arriver quand même 😬).
– Bien figurer au classement, dans les 40/50 sur les 200 potentiels inscrits serait bien, en regardant la liste de départ je ne connaissais aucun nom à part Mathieu Bourguignon donc en cas de bonne journée pourquoi pas, après je suis loin d’être un Robin Schmitt du trail (il y avait entre autres le vainqueur du 120km du GRP…) et il ne faut pas rêver parmi tous ces vétérans inscrits il doit bien y en avoir deux dizaines de vieux briscards de l’ultra…

J’avais calculé un plan en 30h pour les 173km/7800+ sur le très bon site Trail Passion, en y intégrant une composante fatigue de 30%, tout en estimant pouvoir m’arrêter dormir une heure le vendredi matin, tout ça au feeling mais ça me paraissait faisable dans un bon jour (par exemple ça donne les 6km/130 du début en 50min et les derniers 9,5km/100+ en 1h55).
Autant dire que j’ai vécu une sacrement belle course, mais on va y venir…

Temps de passage GRC

Après le TMB nous sommes partis en vacances à Madère où le but était de récupérer et de randonner (récit et photos ici!), puis les 3 semaines précédent la course je voulais faire des séances plus intenses et moins de volume comme il est conseillé, le 2ème point a été bien respecté car j’en ai vraiment peu fait, mais plus parce que je manquais d’envie et d’énergie, comme l’année dernière quand je relis le CR, la fatigue accumulée peut-être, le stress pré-course aussi, sournois, qui fait douter et se poser pleins de questions.
Du coup je suis arrivé à Carcassonne avec mes 3 compères je pense très frais physiquement mais avec une fatigue nerveuse encore bien présente, heureusement les circonstances idéales de course ont permis de la surpasser…

J’avais aussi une motivation particulière car j’ai eu envie de faire un petit truc pour soutenir le neveu de ma chérie, Galaad, qui depuis la rentrée, au lieu d’aller en cours en 5ème avec ses potes doit combattre une tumeur venue se loger dans son crâne, et à 12ans la chimio c’est un combat forcé qui ne devrait pas avoir lieu, mais aussi révoltant que ce soit, c’est celui de beaucoup d’enfants et d’adultes et j’avais envie de lui montrer que je le soutiens et que même si on pense qu’un truc va être très dur on peut le surmonter!
Merci à mon frangin qui m’a sorti une image sympa que j’ai fais imprimer sur un drapeau pour faire des photos au cours de la course et merci Maud d’avoir fait le trajet jusqu’au dépot TNT presque à la dernière minute parce que les mecs ne sont pas très doués pour faire leur boulot…
Au final tout ça a aussi rajouté pas mal de pression puisque j’en ai forcément un peu parlé, plus de supporters mais aussi plus de personnes à ne pas décevoir, autant dire que j’espérais vraiment ne pas subir de grosse défaillance pour aller au bout…

Mercredi 14 Octobre nous décollons pour 6h de route pauses incluses avant d’arriver à Carcassonne en début de soirée.

Nous séjournons dans un des logements proposés par l’organisation, dans une Abbaye au pied des remparts, à 400m du départ.

Resto le soir, il ne fait vraiment pas chaud dehors quand on rentre et on se dit qu’il y a moyen de bien se les cailler pendant la nuit même si on sera plus actifs…

En rentrant je prépare mon sac, je ne me couche pas très tôt, le plus compliqué étant de trier les vivres de course surtout qu’en partant j’ai embarqué tout le placard, Arthur dormira déjà pendant que je coupe mes saucissons de viande séchée pour les reconditionner en petit sachets.

Jeudi on décide de se lever pour prendre le petit déj à 8h, ensuite direction la salle du Dôme dans le centre de Carcassonne pour le retrait des dossards, on dépose nos sacs de ravitaillement qui seront amenés à la base de vie du Château d’Arques où l’on passera une première fois au 47ème puis une seconde au 120ème kilomètre, Cédric et Arthur vont nous suivre toute la course mais on laisse quelques affaires quand même au cas où pour assurer le coup.

Il y a un brunch mais il est 10h donc pas trop faim, on mange quand même un peu, de la purée pour moi, des œufs pour Julien, puis après avoir fait le tour des stands, où je me prend un bandeau Buff « Anton » que je porterai toute la course (marre des longs buff, il est plus pratique et moins chaud en journée), nous retournons faire une sieste dans nos chambres.

On équipe la voiture de suivi et Julien explique rapidement le fonctionnement de la boite auto : si t’essaies d’embrayer tu prends le volant dans le nez! 😀

13h30 une douche pour se réveiller, on se prépare et on se rend sur la zone de départ, il fait du soleil et pas trop froid, Julien part en collant/manches longues et me fait hésiter mais j’ai bien fais de m’en tenir au short/teeshirt/manchettes il m’a donné chaud jusqu’à la tombée de la nuit.

Quelques photos pour le souvenir devant la Cité puis on rentre dans le sas à 14h50 en fond de peloton, vu le nombre de partants et la durée de l’épreuve ça ne change pas grand chose!

15h le départ est donné après un non décompte, le speaker est pris de court et le coup de pistolet part quand même au taquet, on ne réalise pas trop mais on va vivre une sacrée aventure tous les quatre…

Départ > CP1 – Lac de la Cavayère :
CP1

Après un moment on se fait klaxonner copieusement par les deux mickeys suiveurs qui passent avec le 4×4, puis on reprend les sentiers assez dégagés des alentours de Carcassonne.

Nous arrivons au premier ravito au Lac de Cavayère en 35min, 6km/130+, le plan prévoyais 50min donc on est large mais ça va, cette première petite portion est roulante donc on va pas non plus se freiner, bon ça ne se voit pas sur cette photo :

Mais nous répondons à l’appel de Cédric qui tente de communiquer :

On se paie le luxe d’un petit stop, Julien traine même à remplir sa flasque avec sa poudre de perlimpinpin…

L’armée est là pour nous soutenir…

Puis on arrive à repartir assez vite avec une belle attaque talon :

Les sentiers deviennent plus cassants assez rapidement, des coups de cul jusqu’à 50+, les montagnes russes commencent, il ne faut pas perdre d’énergie mais pas de temps non plus, on continue d’avancer tranquillement, en marchant quand c’est raide pour tenter de faire des économies cardiaques, je tourne à l’eau pure comme à chaque début de course, et pour l’instant pas besoin de manger plus que ça.

CP1 – Lac de Cavayère > CP2 – Molières sur l’Alberte :
CP2

On se fait copieusement mitrailler par les photographes officiels :

On arrive à Molières sur l’Alberte (18km/850+) en 2h17 à la 45ème position, on est encore en avance sur le plan (2h40), tout va bien, les paysages sont magnifiques et on retrouve Cédric et Arthur dans ce petit village où l’on fait une pause assez courte!

Pour l’instant forcément ça va et j’aime bien l’idée d’être en avance sur le plan pourtant décidé plutôt à l’arrache, comme ça en cas de coup dur on a de la marge avant d’être à la rue complet, cette réflexion n’a rien de vraiment logique mais c’est ce qui passe dans ma tête à ce moment là.

Et c’est reparti, toujours en emmenant de quoi se sustanter!

La troisième portion nous amène à Clermont sur Lauquet après 12km/400+ de jolis sentiers larges ou en forêt…

CP2 – Molières sur l’Alberte > CP3 – Clermont sur Lauquet :
CP3

On a repris 7 concurrents et après 30km/1000+ nous sommes toujours en avance de 25min sur mes prévisions, parfait?
Et bien non, depuis plus de 5km j’ai un problème bizarre, je suis en sur-régime cardiaque, je cours « tranquille », comme prévu, mais je sens mes veines frapper ma peau beaucoup trop fort, je cours sans cardio mais je dois bien tâtonner les 160 pulsations minutes voir plus, et des portions de marche n’y font rien, le coeur ne redescend pas.

Du coup avant d’arriver sur Clermont je commence à cogiter, je vais m’épuiser bien trop vite si j’ai une forme de tachycardie si tôt dans la course, je me demande si je ne me suis pas gouré de pastille électrolyte en en mettant une à la caféine dans ma flasque plutôt réservée pour la nuit, mais après vérification ce n’est pas le cas…
Il faut que ça descende et vite, je travaille sur la respiration au maximum et marche chaque portion qui fait intervenir le facteur gravité.

Juste avant le ravito on à le droit à un contrôle du matériel obligatoire localisé sur nos frontales, on retire rapidement les sacs pour les sortir et les allumer pour montrer qu’elles fonctionnent, Julien galère car la batterie de sa Stoot n’est pas connectée mais on s’en sort assez rapidement tout de même et on rejoint Cédric et Arthur sous la tente blanche installée dans ce petit village très charmant.

Première chose j’enfile le manche longue qui se trouve dans mon sac car la nuit va tomber et il commence à faire frais, j’essaie de temporiser un peu mais je sens que Julien est chaud comme une baraque à frites…

Du coup l’arrêt au stand sera assez limité dans le temps, cette arythmie m’a filé un mal de crâne, mais il est encore tôt et j’ai connu pire, à ce moment là c’est plus important de s’accrocher en contrôlant pour continuer à courir à deux plutôt que de s’arrêter 10min pour un gain de sensations probablement négligeable et se retrouver au début de la nuit seul.

C’est donc parti pour rallier une première fois dans la course le Château d’Arques qui en est la base de vie, là où on peut dormir, manger des repas complets et se faire soigner par divers médecins si besoin.
La portion fait 18km/700+, avec un profil qui monte puis descend en gros.

CP3 – Clermont sur Lauquet > CP4 – Château d’Arques aller :
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Ça commence très mal car Julien, reparti quelques dizaines de mètres devant, attaque un peu fort vu mon état, je le perds de vue et d’un coup premiers moments de flottement d’une liste qui va s’allonger au fur et à mesure de la course, plus de balisage!

Je me disais c’est bizarre que ça redescende comme ça vu le profil, demi-tour en montée du coup, et 200/300 mètres en arrière je retrouve le petit sentier qui part à gauche que j’ai loupé.
Je ferais donc cette portion seul, pourtant peu après on s’entend s’hurler dessus tous les deux dans la forêt mais les probables 500m de sentiers sinueux qui nous sépare ne seront pas comblés avant le ravito.
C’est vers ce moment là que je sors les bâtons, ils ne me quitteront plus.
La nuit tombe, pendant un moment je suis un gars et sa frontale qui me précède de quelques dizaines de mètre dans le noir puis je finis par allumer la Nao car en forêt il commence à faire vraiment très sombre.
Après 35km je termine cette étrange traversée du désert cardiaque qui aura duré 15 bornes et me sens enfin mieux, je ne sens plus mon cœur jouer du tamtam, peut-être le fait d’avoir retrouvé mon propre rythme même si on avançait pas trop vite ensemble, peut-être la tombée du jour qui me calme…Toujours est-il que je repasse une vitesse, double le gars devant et tente d’allonger un peu au cas où je tombe sur un barbu sexy en collant Skin plus vite que prévu.
Nous traversons des pâturages à moutons et pour passer les clôtures des escabeaux ont été installés, attachés au sol, mais assez hauts tout de même, je suis un peu surpris au premier et après ça passe tout seul.
J’attaque bien dans la descente sur Arques et arrivé au village je réalise que l’aller/retour à faire à la base de vie au Château est maintenant avant de repartir sur Fourtou.

Je croise la première féminine, Amandine Roux, qui repart puis file pointer au ravito en rentrant dans cette belle grosse tour en pierre.
50km/2200+, 6h29’53, 37ème, j’ai déjà gagné 3km de rab’, et le plus étonnant c’est que Julien a pointé à 6h29’14 », finalement il était pas si loin…

Moralement c’est top car je sais qu’on va pouvoir repartir ensemble, couplé au fait qu’on retrouve Cédric et Arthur et que je me sente mieux je sens que la situation redevient positive!
Il est 21h30 ce jeudi 15/10/15, arrêt au stand en mode Formule 1, ou pas!
On ne sortira du Château que 30min plus tard, autant dire une éternité si on souhaite être compétitif, mais ça n’est pas notre premier objectif et surtout le plan prévoyais une arrivée à 21h55, on a donc cette demi-heure de rab, sans parler des kilomètres déjà faits en plus…

Arthur s’occupe de moi comme un chef, surtout il me permet de rester assis en allant chercher le sac que j’ai laissé à l’orga avec mes affaires de rechanges, la nourriture et les gadgets électroniques, et en me ramenant deux tasses de soupe ainsi qu’une assiette de pâtes, il recharge mes flasques, bref ça fait une grosse différence par rapport au fait d’être seul.

Je mange en me changeant, exit le short pour un collant long (et dire que j’ai hésité pendant un moment, je pense que mes jambes seraient littéralement tombées à Bugarach!), changement de chaussures, je passe des Salomon Slab Wings aux Altra Lone Peak 2.0.
Je recharge le sac avec des barres, des sachets de viande séchée et j’embarque la mini batterie et le câble pour la montre histoire de la recharger quand elle sera vidée dans la nuit, il y a des situations ou le temps ne passe pas, ça n’en est définitivement pas une, j’ai l’impression d’avoir stoppé 5min…
Malgré tout on ressort du ravito à la 34ème position, il y a 3 gars qui seront restés un peu plus longtemps.

La suite du CR dans la seconde partie!

  • Victoriia

    J’ai pas tout lu.. J’avoue! Mais j’ai adoré ce que j’ai lu 🙂

  • seb enfoux

    super compte ( conte ?…) rendu ! Je me suis bien amusé à lire ta prose. Faut dire que tu écris pas mal et que tu fais bien vivre le truc en tout cas. Félicitations à vous tous ! ( et tu es médisant, la tenue de Julien n’est pas si moche ! 😉

  • Yann

    Génial, ce compte-rendu… Quelle aventure !

  • Merci 🙂

  • Nan elle n’est pas moche, elle est…originale! :p
    Merci à toi, ça me fait plaisir!

  • Merci mec, tout est possible! 🙂

  • seb enfoux

    de rien 😉

  • Philippe

    Ca c’est un CR!!!
    Bravo, belle course !
    Et beau regard sur ta pratique, tes envies, ta motivation …
    … au final pour aller loin
    Chapeau!

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